blog image mercredi 07 janvier 2026
INTERVIEW-BILAN DU DIRECTEUR GÉNÉRAL DE L'AFOR SUR LES OPÉRATIONS DE SÉCURISATION FONCIÈRE RURALE EN CÔTE D'IVOIRE

Avec un objectif ambitieux de sécuriser 23 millions d'hectares d'ic 2033, l'Agence Foncière Rurale (AFOR) orchestre une transformation sans précédent du paysage foncier ivoirien. 

Entre innovations technologiques révolutionnaires, gratuité étendue des certificats fonciers dans 20 régions, et passage de 10 000 à plus de 110 000 certifications annuelles, le Directeur Général Bamba Cheick Daniel dévoile une stratégie qui place la sécurisation foncière au rang d'opération de souveraineté nationale. 

Felicitée par la Banque mondiale pour l'exécution exemplaire du PAMOFOR, l'AFOR déploie désormais des outils digitaux de pointe - du sys tème d'alerte précoce SIGAP aux tablettes électroniques DIGIFOR - tout en formant plus de 27 000 adeurs et en créant 10 000 emplois pour la jeunesse. 

Cette révolution fondère, adoptée unanimement par tous les partis politiques, redéfinit les fondements de la cohésion sociale et de la paix durable en Côte d'ivoire.

En avril 2025, la Banque mondiale vous a accordé une « notation satisfaction » pour l’exécution du PAMOFOR. A quoi devez-vous cette appréciation ?

Il est bon de souligner que le PAMOFOR est intervenu dans six régions pour des objectifs de 50 000 certificats fonciers à délivrer et 70 000 contrats agraires à conclure entre propriétaires terriens et exploitants agricoles sur 5 ans, soit 10 000 certificats fonciers et 14 000 contrats agraires par an. Pour nous donner les moyens d’atteindre ces objectifs, le PAMOFOR a induit de nombreux changements positifs et radicaux dans le domaine de la conduite des opérations techniques de sécurisation foncière en milieu rural. Au bout de notre résilience, les résultats ont suivi à la grande satisfaction du gouvernement ivoirien et de la Banque mondiale. Nous avons reçu un courrier de madame Marie Chantal Uwanyiligira, Directrice de division de la Banque mondiale pour la Côte d’Ivoire, le Bénin, la Guinée et le Togo, nous informant de la note « satisfaisante » que nous avons obtenue du Groupe indépendant d’évaluation de la Banque mondiale, pour l’exécution réussie du PAMOFOR.

Comment avez-vous réussi cette performance, surtout avec les difficultés qui vous imposaient un changement structurel de paradigme ?

Vous me donnez là, l’heureuse occasion de saluer une nouvelle fois toutes les personnalités de premier plan, dont l’accompagnement et l’implication forte ont permis de réussir, comme vous le dites si bien, à atteindre les objectifs du PAMOFOR. En tête de ces personnalités, le chef de l’Etat, Son Excellence Monsieur Alassane Ouattara. Le président de la République a, en effet, eu une vision très claire. Il l’a projetée et a instruit que l’AFOR la mette en musique sous sa haute autorité. Avec ce qui se réalise, le président Alassane Ouattara a réussi à donner la preuve que les droits de tous ceux qui vivent en Côte d’Ivoire sont protégés et qu’il ne s’agit pas d’une vue de l’esprit. Notre reconnaissance va également à l’endroit du Premier ministre, Dr Beugré Robert, qui a soutenu la signature par le président de la République de l’ordonnance consacrant le Système d’informations du foncier rural (SIFOR), comme la base de données de référence du foncier rural, du ministre de l’Agriculture d’alors, le ministre Mamadou Sangafowa-Coulibaly, et de l’actuel ministre d’Etat, ministre de l’Agriculture, du développement rural et des productions vivrières, monsieur Kobénan Kouassi Adjoumani, par leur encadrement et leurs orientations, nous sommes parvenus à surmonter les obstacles. La Banque mondiale, qui a fait confiance à la Côte d’Ivoire en finançant le PAMOFOR, notamment Dr André Teyssier et toute l’équipe dédiée au suivi des projets que nous exécutons.

Je n’oublie pas le président du Conseil de surveillance de l’AFOR, le général de corps d’armée Gervais Kouassi, ainsi que l’ensemble des conseillers et nos collaborateurs de la Direction générale, qui ont travaillé sans relâche ; très souvent avec des nuits blanches, pour tenir les objectifs de ce projet. Avec cette satisfaction, la Côte d’Ivoire a pu décrocher un autre programme, à savoir le Programme de renforcement de la sécurisation foncière rurale (PRESFOR).

Et sur la période 2024-2030, deux autres projets majeurs à implémenter, à savoir le Programme d’appui à la sécurisation foncière rurale (Pasfor) et la composante sécurisation foncière rurale du Projet de restauration des forêts de la région du Gôh (Prf-Gôh). Ce qui fait accroitre vos objectifs. De quels moyens disposez-vous pour passer de 10 000 certificats par an sur le PAMOFOR, à plus de 110 000 certificats fonciers par année sur cette période 2026-2030 ?

Effectivement, avec ces trois projets, l’AFOR se retrouve au rendez-vous de l’envergure nationale de la sécurisation foncière rurale, avec 20 régions couvertes par les projets que vous avez cités, sur les 31 que compte la Côte d’Ivoire. Le PRESFOR, qui couvre 16 régions, avec pour objectifs 500 000 certificats fonciers à délivrer et 250 000 contrats agraires à formaliser entre propriétaires terriens et exploitants agricoles, le Pasfor concerne 4 régions dont deux communes avec le PRESFOR, pour 40 000 certificats fonciers à délivrer et 15 000 contrats agraires à formaliser, puis le Prf-Gôh qui vise 27 000 certificats et 20 000 contrats agraires dans la région du Gôh. Vous avez manqué de citer le Programme d’appui au foncier rural (Pafr), qui sera exécuté à Yamoussoukro et à Bondoukou.

Ce sont plus de 110 000 certificats fonciers et presqu’autant de contrats à délivrer par an pendant les quatre prochaines années. L’inévitable problématique de l’atteinte des résultats se pose avec acuité. Je tiens cependant à vous rassurer que sur le PAMOFOR déjà, l’AFOR, avec le concours de ses partenaires techniques et financiers, a anticipé sur ces questions, pour le respect de ses engagements vis-à-vis de la nation.

Les changements intervenus et qui se sont poursuivis ces deux dernières années, couvrent aussi bien les aspects politiques, institutionnels, juridiques, humains, que les aspects opérationnels en termes d’approche d’intervention.

Dites-nous plus sur ces changements opérés ?

L’AFOR a notamment développé une approche intégrée de sécurisation foncière rurale, contenue dans un Manuel dit des opérations intégrées, qui a été récemment adopté en Conseil des ministres. Ce manuel présente un processus univoque et unique, qui repose, non plus sur les seuls processus de délimitation des territoires de villages et de certification foncière mais qui consiste désormais à mettre en œuvre dans des villages d’une sous-préfecture, un ensemble de processus concourant à une sécurisation foncière complète. Il s’agit aussi de l’ingénierie socio-foncière permettant aux communautés locales de s’entendre sur les règles d’accès au certificat foncier ou au contrat agraire à travers l’instauration d’un dialogue intercommunautaire, l’opérationnalisation effective des Comités villageois de gestion foncière rurale, la délimitation des territoires villageois, la certification foncière pour les détenteurs  de droits fonciers sur le domaine foncier rural et la contractualisation pour formaliser les droits d’usage.

Chaque processus comporte ses propres activités de sensibilisation et d’information, transversales à tous les processus. Toutes ces opérations sont dites intégrées parce qu’elles sont gérées par un seul et même opérateur foncier, dont le travail se déroule sous la supervision du corps préfectoral et suivi puis validé par l’AFOR.

L’objectif majeur affiché au plus haut niveau décisionnel de l’Etat est de massifier les opérations de sécurisation foncière en vue de les achever en l’espace d’une décennie (2023-2033). Au titre des mesures prises par le gouvernement pour redynamiser le cadre stratégique et méthodologique de la sécurisation foncière rurale, figure l’adoption le 15 juin 2023 par le Conseil des ministres, d’une Stratégie nationale de sécurisation foncière rurale (Snsfr) et d’un Programme national de sécurisation foncière rurale (Pnsfr) d’un coût de 620 milliards de F Cfa, en vue de mettre en œuvre, sur la période 2023-2033, la loi n°98-750 du 23 décembre 1998 relative au domaine foncier rural.

La Snsfr et le Pnsfr servent de référence unique pour toutes les interventions en matière de sécurisation du domaine foncier rural avec pour objectifs de réduire la pauvreté en milieu rural, de renforcer la cohésion sociale et contribuer à la gestion durable des ressources naturelles. Si la Snsfr définit la stratégie, le Pnsfr décrit les actions à mettre en œuvre et assure la cohérence, la complémentarité et l’harmonisation des différentes interventions financées par l’État et par les partenaires techniques et financiers.

Le Pnsfr vise à sécuriser les 23 millions d’hectares du domaine foncier rural en 10 ans à partir de 2023, en portant le rythme annuel de certification foncière de 300 000 ha aujourd’hui, soit 30 000 certificats fonciers par an, à 1,5 million d’hectares (150 000 certificats fonciers par an) à partir de 2027. Pour en faire des outils nationaux, la Snsfr et le Pnsfr ont été adoptés à la suite d’une large concertation des parties prenantes à la sécurisation foncière rurale, sous la supervision du ministère d’Etat, ministère de l’Agriculture, du développement rural et des productions vivrières. Le Pnsfr, comme vous pouvez le constater, nous permettra de répondre à votre inquiétude sur le nombre important de certificats fonciers à produire par an, pour l’atteinte des objectifs du PRESFOR, du Pasfor, du Prf-Gôh et du Pafr.

Qu’en est-il du déploiement des services déconcentrés de l’AFOR ?

Dès les premières années de l’opérationnalisation de l’AFOR, et nous inscrivant dans la logique éclairée du chef de l’Etat, qui a décidé de placer sous la conduite de l’administration préfectorale le processus de sécurisation foncière rurale, nous avons confié des responsabilités de premier plan aux préfets, dans un souci de redevabilité. Puisque ce sont eux qui signent les certificats fonciers.

Cette idée a fait son petit bonhomme de chemin. Aujourd’hui cependant, les opérations de sécurisation foncière rurale sont menées sur toute l’étendue du territoire national avec la délimitation des territoires de villages et la contractualisation agraire, puis la gratuité des certificats fonciers qui concernent pour l’instant 20 régions sur 31, comme je l’ai déjà indiqué. Pour un suivi étroit de toutes ces opérations de terrain afin de leur garantir le succès escompté, l’AFOR a déployé et équipé ses services déconcentrés dans 6 Districts, 20 représentations régionales sur les 31 régions du pays, 57 représentations départementales et 251 gestionnaires des bureaux sous-préfectoraux. Ces derniers ont été recrutés et formés grâce au partenariat avec l’Institut national de la formation professionnelle agricole (Infpa). Le ministère en charge de la Fonction publique s’est ensuite chargé de leur recrutement et de leur formation en administration de base, avant de les mettre à la disposition de l’AFOR pour l’encadre-ment des opérations au niveau des sous-préfectures. Cette structuration favorisera un meilleur encadrement et une bonne gestion des dossiers à la base à partir des villages, pour les remonter rapidement en central en vue de finaliser le traitement.

La massification de tous les documents de sécurisation foncière rurale implique une proximité entre les autorités préfectorales et les populations cibles. Ces dernières ont-elles un rôle de confiance dans le processus ?

Il importe de signaler la caractéristique éminemment notable de la loi n°98-750 du 23 décembre 1998 relative au domaine foncier rural, en ce qu’elle fut une première dans l’histoire législative de la Côte d’Ivoire parce qu’adoptée à l’unanimité des parlementaires, tous partis politiques confondus, et suite à des missions parlementaires à travers toutes les régions du pays, pour recueillir les observations , avis et recommandations de toutes les composantes de la société ivoirienne. Aussi, cette loi opère une grande réforme dont on ne fait pas suffisamment cas. Dans ses dispositions pertinentes, elle donne le pouvoir de décision aux populations villageoises elles-mêmes, en les plaçant au cœur de tous les processus de sécurisation foncière rurale.

Réunis au sein des Comités villageois de gestion foncière rurale, ce sont elles qui examinent et approuvent tous les dossiers de certification foncière et de délimitation des territoires de villages. Elles ont le pouvoir de décision. Sans leur avis, la procédure est viciée et devient nulle et de nul effet. C’est en tenant compte de cet avis des communautés villageoises, que la loi relative au domaine foncier rural prévoit la transformation des droits de propriété foncière coutumiers en droits officiellement reconnus et enregistrés sur 23 millions d’hectares de terres rurales dans un délai de dix ans.

Comment s’est faite cette transformation ?

Cette transformation se fait en deux étapes. La délivrance de certificats fonciers à tout requérant (individuel ou collectif, Ivoirien et non-Ivoirien) pouvant prouver ses droits coutumiers de propriété foncière et la fixation par décret, d’un délai au cours duquel les citoyens ivoiriens détenteurs de certificats fonciers, doivent demander des titres fonciers, tandis que les terres sur lesquelles des certificats fonciers sont délivres au profit des non-Ivoiriens doivent d’abord être immatriculées au nom de l’État, qui peut ensuite délivrer un bail foncier de longue durée au requérant.

A propos des opérations de terrain, vous avez imposé un mode opératoire aux opérateurs fonciers, à savoir qu’ils disposent de locaux fonctionnels dans leurs régions d’affectation et du matériel requis avant le démarrage effectif de leurs activités. A quoi cela répond-il ?

C’est un préalable sur lequel nous ne transigeons pas. Pour nous, il n’est pas raisonnable de recruter des opérateurs fonciers, qui mettront un temps fou à obtenir des locaux dans les localités qui leur sont affectés, à recruter du personnel ou à s’équiper alors que les délais pour réaliser les objectifs sont étriqués.

A chacune de mes missions de lancement des principaux projets, en compagnie des Préfets, je me rends dans les locaux des opérateurs fonciers, pour m’assurer qu’ils sont aptes techniquement et humainement pour exécuter leur contrat.

Faute de quoi nous avisons séance tenante. Fort heureusement, jusqu’à ce jour, les opérateurs fonciers ont mérité de notre confiance.

Mieux, des métiers pérennes ont été créés autour du foncier rural. Plus de 3 000 jeunes ont été recrutés par les opérateurs fonciers pour être des points focaux, des facilitateurs dans les villages ou encore conducteurs de tricycles pour transporter les bornes. A terme, grâce au partenariat tripartite AFOR-Agence Emploi Jeunes-opérateurs fonciers, plus de 10 000 jeunes seront recrutés pour exercer dans les métiers du foncier rural. Les résultats obtenus sur le PAMOFOR sont aussi à mettre à l’actif de ce mode opératoire. C’est aussi l’une des nombreuses raisons qui fondent notre optimisme à massifier les résultats de la sécurisation foncière rurale dans les délais impartis.

Le cadre juridique et réglementaire n’est pas en reste. D’importants changements ont été apportés.

Le cadre juridique et réglementaire ne devrait pas rester inchangé si nous voulions atteindre nos objectifs. Au-delà de la modification en 2019 de la loi n° 98-750 de décembre 1998 relative au domaine foncier rural, une activité importante a été menée sur le plan réglementaire avec l’adoption d’au moins 7 décrets. Parmi ces décrets, deux sont d’une importance capitale pour atteindre l’objectif de massification des opérations de sécurisation foncière : 

- Le premier (Décret n°2024-615 du 10 juillet 2024 autorisant le traitement de données à caractère personnel pour la mise en œuvre du programme de renforcement de la sécurisation foncière rurale) avec l’introduction de la signature électronique au niveau des certificats fonciers, ouvre désormais la voie à une numérisation poussée de la production et du traitement des informations foncières liées aux différents processus de sécurisation foncière. La signature physique des certificats fonciers par les Préfets par exemple, constituait un goulot d’étranglement qui ne favorisait pas l’accélération du processus. Avec le flot de certificats attendus, plus de 100 000 par an, il aurait été difficile voire impossible de soumettre les préfets à un tel exercice. Ce décret vient donc régler le problème pour favoriser la massification des certificats fonciers.

-Le second (Décret n°2024-850 du 30 septembre 2024 fixant les règles relatives à l’opération intégrée de sécurisation foncière) donne désormais un cadre réglementaire clair aux opérations de sécurisation foncière rurale, selon une approche intégrée et systématique permettant d’atteindre les résultats escomptés tout en garantissant la qualité sociale et technique des processus et en permettant une maîtrise des coûts unitaires.

L’AFOR est présente dans le domaine académique avec des conventions qui la lient à certaines écoles et universités. Vous organisez également pratiquement tous les ans et dans plusieurs régions du pays, des sessions de formation à l’endroit des acteurs directs et indirects de la sécurisation foncière rurale. A quoi répondent toutes ces actions ?

Toutes ces réformes n’auraient certainement pas pu atteindre les objectifs poursuivis, sans une ressource humaine qualifiée et des acteurs directs et indirects chargés de leur mise en œuvre, et à une meilleure connaissance de leurs contenus. L’AFOR a ainsi signé des conventions avec l’Ecole supérieure d’agronomie de l’Inphb (Institut national polytechnique Félix Houphouët-Boigny, Ndlr), l’Université Alassane Ouattara de Bouaké et l’Institut national de formation professionnelle agricole. Ces partenariats ont permis de former 686 étudiants dont 265 filles (39%) et 421 garçons (61%) sur la période 2018-2025.

Une bonne frange de ces étudiants est bien insérée dans le tissu professionnel au sein du personnel de l’A3, ou encore membre des effectifs des cabinets de Géomètres-Experts agréés, constitués en groupements d’Opérateurs Fonciers. Les autres acteurs directs et indirects intervenant dans la mise en œuvre des procédures de sécurisation foncière rurale, bénéficient régulièrement de formation pour uniformiser leur implication en éviter tant les discordances d’un acteur à un autre. Ils sont à ce jour 27 099 acteurs formés dont plus de 30% de femmes.

L’année qui s’achève a vu le Conseil des ministres prendre une ordonnance pour redynamiser le Système d’informations du foncier rural. Il s’agit effectivement de l’ordonnance n°2025-85 du 12 février 2025 portant création, attributions, organisation et fonctionnement du Système d’informations du foncier rural de Côte d’Ivoire (SIFOR), qui vient adapter aux exigences actuelles, cet outil incontournable pour le suivi et la traçabilité des données numériques des dossiers de sécurisation foncière rurale. Cette Ordonnance contribue en effet au renforcement de la gouvernance du domaine foncier rural à travers notamment la conception et le déploiement du SIFOR.

Un outil qui facilite la gestion automatisée de l’ensemble des flux de travail et un registre numérique assurant la conservation et la production automatisées des données et des actes en matière foncière rurale. Le SIFOR est pleinement opérationnel avec la migration de près de 50 000 certificats fonciers délivrés grâce au PAMOFOR.

Toutes ces réformes sont soutenues par des innovations technologiques et communicationnelles majeures. L’Ingénierie socio-foncière, qu’est-ce que c’est concrètement ?

Le PAMOFOR a souffert de la gestion récurrente des conflits, de l’incompréhension du projet, de la désinformation et des rumeurs. Les leçons tirées donc du PAMOFOR et du Pafr, ainsi que les négociations avec la Banque mondiale, ont soulevé un ensemble de questionnements, qui débouchent sur des actions préalables à la mise en œuvre sereine des opérations de sécurisation foncière rurale. L’une de ses actions préalables demeure la communication et la sensibilisation. A ce niveau, l’AFOR a innové pour rassurer toutes les parties prenantes. Cette innovation porte un nom : l’Ingénierie socio-foncière (Isf). Le renforcement des activités de sensibilisation et de dialogue communautaire sous la forme de l’Ingénierie Socio-Foncière a permis d’une part de faire barrage aux fausses informations, et d’autre part, elles s’intègrent comme condition nécessaire au bon déroulement des autres processus. Ces activités d’Ingénierie socio-foncière sont ajustées aux besoins et aux réalités de terrain. Elles ont été menées pendant cinq mois avant le démarrage des opérations de terrain du PRESFOR et du PASFOR, et se déroulent en continu jusqu’au terme du programme.

De plus, l’AFOR, à l’initiative des autorités préfectorales, des mutuelles de développement ou des cadres, conduit régulièrement des missions d’information et d’échanges dans les villages et sous-préfectures du pays, pour donner la bonne information aux populations sur l’objectif de développement que revêt sa mission.

Aussi, l’AFOR tient au minimum 52 sessions de cinés-villages par mois dans les villages du PRESFOR, pour sensibiliser les acteurs directs sur les thématiques liées à la bonne conduite des opérations de terrain du programme. Tout comme des films institutionnels et Prêt-à-diffuser sont produits au terme de chacune des activités importantes de l’AFOR, pour diffusion par le réseau de télévisions partenaires et sur les réseaux sociaux.

Nous ne saurons oublier les nombreuses innovations technologiques avec ‘’AFORinnov Center’’ pour insister sur la prévention des conflits et la dématérialisation du processus…

La conception, la mise en œuvre et le suivi-évaluation de ces réformes structurantes sont assurés par la Cellule Innovations créée par décision du Directeur général de l’AFOR n°2023-008/AFOR/Dg du 15 septembre 2023. L’AFOR a ainsi défini en son sein un plan stratégique de la recherche et de l’innovation digitale nommé ‘’AFORinnov Center’’ dont l’objectif est de réussir la transformation digitale de l’agence, en vue d’améliorer l’efficacité de la sécurisation foncière rurale. AFORinnov Center, en huit mois d’activités, a mis en place et rendu fonctionnels, plusieurs outils technologiques dont :

- le SIGAP : Système intégré de gestion d’alerte précoce, qui anticipe et gère les tensions sociales et foncières grâce à la présence de points focaux dans les villages et avec l’appui de l’intelligence artificielle. Le SIGAP détecte de façon précoce les risques, les identifie et les analyses pour les prévenir efficacement, en réduisant les délais de réaction. 454 alertes ont été reçues des régions pilotes du Cavally, du Tonkpi et de la Nawa, et ont fait l’objet d’un traitement satisfaisant. Toutes les alertes sont traçables et documentées avec un registre auditable. Le SIGAP a permis la baisse des litiges fonciers dans les zones pilotes ;

- DIGIFOR, qui a acté la dématérialisation des liasses foncières et des contrats agraires. Pour atteindre les objectifs du PRESFOR (500 000 certificats fonciers et 250 000 contrats agraires), du PASFOR (40 000 certificats fonciers et 15 000 contrats agraires) et du PRF-Gôh (27 000 certificats fonciers et 20 000 contrats agraires), il fallait absolument une innovation pour accélérer la collecte des données et leur migration au service contrôle de l’AFOR. Désormais, les liasses foncières, volumineuses de trente documents à renseigner manuellement par le Commissaire-Enquêteur, qui devra ensuite les transmettre physiquement à l’AFOR pour le contrôle, disparaissent au profit des tablettes. Sur le PRESFOR, les 7 Opérateurs fonciers disposent de 105 tablettes mises à la disposition de leurs commissaires-enquêteurs, à raison de 15 tablettes par Opérateur foncier. Toutes les données sont recueillies et enregistrées sur ces tablettes, puis transmises à l’AFOR via internet (en un clic) ou sur clé Usb. C’est un gain de temps inestimable dans l’optique de la massification des documents de certification foncière ;

- le Système de contrôle cartographique (Sccarto), est un outil de contrôle de la géométrie des données foncières avant leur intégration dans le SIFOR. Il remplace le contrôle manuel des cartes par un contrôle automatisé de sorte qu’en un clic, 500 cartes sont contrôlées.

Monsieur le Directeur général, en plus de toutes ces réformes et innovations, qu’est-ce qui pourrait rassurer les populations quant à leur adhésion effective à tout ce processus ?

La gratuité du certificat foncier et plus généralement des opérations de sécurisation foncière rurale. Elle demeure la condition sine qua non, pour l’atteinte, dans les délais prévus, de l’objectif de certification foncière de toutes les terres du domaine foncier rural. Cette gratuité a pour conséquence de donner accès à la sécurisation foncière à l’ensemble des détenteurs de droits fonciers, quel que soit leur niveau socio-économique. Je l’ai déjà indiqué, en tenant compte des régions communes aux projets (PRESFOR, PASFOR et PRF-Gôh), la gratuité dans la mise en œuvre du PNSFR sur la période 2024-2030 concerne 20 régions sur les 31 que compte la Côte d’Ivoire, 57 départements sur les 111 que compte la Côte d’Ivoire, 251 sous-préfectures sur les 508 que compte la Côte d’Ivoire et 4235 villages sur les 8631 villages que compte le pays depuis août 2024.

La gratuité des opérations de sécurisation foncière rurale devra nécessairement s’étendre aux 11 régions restantes pour éviter le sentiment de frustration des populations de ces régions et donner une réelle chance à la massification. Il est évident que le processus de la gratuité du certificat foncier est maintenant irréversible.

Beaucoup a été fait et nous comprenons votre optimisme. Cependant, des défis persistent. A quels niveaux les mesure-t-on ?

Avec la plus-value apportée par toutes ces réformes et innovations, il urge de continuer à travailler pour la réalisation ou l’aboutissement de certaines actions transversales. Il s’agit en premier lieu de l’accélération de la pérennisation de l’AFOR pour assurer sereinement la mise en œuvre du PNSFR.

Puis, l’opérationnalisation de l’Observatoire national du foncier rural (ONFR) et la création d’un Fonds national dédié au foncier rural. Concernant ce Fonds national dont l’importance est capitale, il pourrait être financé par un pourcentage des revenus des filières agricoles (café-cacao, hévéa, palmier à huile, coton, anacarde), qui bénéficient des retombées de la sécurisation foncière rurale.

La sécurisation du Patrimoine foncier rural de l’Etat est également un défi à poursuivre et à achever. L’AFOR qui dispose d’un service dédié à la sécurisation du patrimoine foncier de l’Etat, a pu à la date du 15 décembre 2025, sécuriser 32 992 hectares de parcelles appartenant au Patrimoine foncier rural de l’Etat.

On retient donc que l’AFOR est bien apte à respecter ses engagements !

En conclusion, ces réformes et innovations ont le mérite d’exister pour donner une impulsion nouvelle aux opérations de sécurisation foncière rurale, aux fins d’atteindre les objectifs de massification, en sécurisant les 23 millions d’hectares du domaine foncier rural à l’horizon 2033. Je puis vous assurer que l’AFOR est bien apte à respecter ses engagements vis-à-vis de la nation entière. Au demeurant, tous les Ivoiriens restent persuadés que la sécurisation foncière rurale constitue une problématique existentielle pour la Côte d’Ivoire, tant elle conditionne la sauvegarde de la paix, de la cohésion communautaire et nationale ; en un mot, une problématique de salut public. Dès lors, l’une des priorités pour le gouvernement pour atteindre la massification des résultats tant espérée, dans un délai rapproché de l’ordre de 10 ans, consistera à élever la sécurisation foncière rurale au rang d’opération de souveraineté, garante de la survie du vivre-ensemble entre toutes les communautés, grâce à un financement pérenne et une prise en main vigoureuse par toute l’élite politique et administrative de notre pays.

Propos recueillis par Alassane SANOU